"Ma tolérance à la douleur est faible. le chirurgien avait répondu "pas du tout" à ma question claire et simple "ça fait mal?"... j'ai passé les dernières nuits à gémir, je ne sais pas souffrir en silence, la preuve même pour la souffrance psychologique faut que je lance plusieurs cris dans plusieurs directions. je suis en agitation. j'ai pu "voir" mes nouveaux bras ce matin dans le cabinet infirmier. pendant que l'infirmière changeait les pansements, je serrais les dents, tentant de faire face avec discrétion au poison de la désillusion. mes bras sont toujours gros et une nouvelle ptôse pointe le bout de son nez. le bras n'est pas ballant, non bien sûr, mais la chair est lourde tellement le bras reste gros et mal maintenu par une peau trop fine et plus du tout assez élastique. d'ailleurs les vergetures persistent. certes je rentre enfin mon bras dans les vêtements à ma taille mais le problème va se répéter au fil de la perte de poids. il faudra que chaque jour je masse mon bras et le frictionne avec des astringents, des raffermissants, des amincissants. je parle de crèmes et pommades. en rentrant chez moi ce matin j'avais réussi à éviter les larmes, mais ce soir j'ai craqué, j'ai rien pu faire contre pleurer. il est loin le moment de jubilation quand au sortir de la salle de réveil je répétais aux anges "je suis contente, je suis contente" tout en gémissant à cause de la douleur (ah oui je suis sûre que c'était gentiment tragicomique ces deux états antagonistes en action expressive simultanée: immense bien-être intérieur et brûlure de la souffrance physique, immense espoir et cynisme de ma situation) (...)."
Posté le 10 novembre 2003.
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