Cet espace réapproprié s'inscrit dans un phénomène latent et culturel : les inscriptions figurant sur les trottoirs sont officielles et dictées en quelque sorte par l'Etat et les collectivités locales : circulation routière, aménagements extérieurs... La marque sur le trottoir est de l'ordre du préventif. Jusqu'alors, le trottoir est peu investi par le piéton en signifiance inscrite.
Certes, on connaît les indications (faites pour être vues par les hélicoptères) lors d'événements sportifs par exemple ; comme le cyclisme où l'on aime indiquer le nom des coureurs lors de grandes épreuves... Mais qu'en est-il de la marque laissée par le citoyen ?
On connaît l'investissement des murs par le citoyen : graphs, tags, voire publicités... C'est un grand classique que de vouloir investir les murs. Des lois sont contraignantes pour cette surface : en France, il existe une loi sur la liberté d'afficher... Mais pour les trottoirs ???
Depuis quelques années, à Paris, l'on voit des artistes de rue s'approprier le lieu public "trottoir" pour, à la craie, reproduire des peintures (souvent des scènes bibliques) de façon éphèmère. Le trottoir est utilisé comme lieu artistique non permanent.
Il y a quelques mois, les trottoirs étaient marqués de ces petits signes ")O(" signifiant la présence d'un point d'accès Wifi immédiat dans l'espace... Thomas Gee (du blog Net Partoo) me signale que cela s'appelle le CraieFiti.
Les tags "amour" ou autres se sont multipliés... Ceux-ci sont inscrits au pochoir (peinture pulvérisée) et trouvent un endroit de prédilection sur les trottoirs. Voir le dernier billet de Chryde à cet effet.
Aujourd'hui, les flash mobs reprennent cette idée d'une utilisation du sol-trottoir, cette fois-ci en un mode collectif, pour y faire naître du sens.
La semaine dernière, à Montréal, au flash mob, on traçait à la craie des flèches dans tous les sens.
Hier soir, sur l'esplanade devant Notre-Dame de Paris, chacun devait (aussi à la craie !) remplir une dalle, non pas de non sensmais d'une inscription, de mots, dessins, autrement dit de sens et de signifiance. Ce flash mob à la française s'oriente clairement vers l'artistique.
Cet acte individuel de remplir une dalle (sa "dalle") de sens, de la photographier ensuite donne une signification collective... Peut-on faire alors un rapprochement entre les "foules intelligentes" (smart mobs) évoquées par Howard Rheingold et un concept de "trottoirs intelligents" (smart sidewalks) qui signifierait une organisation collective à un temps T d'un événément investissant de manière graphique les trottoirs ?
Dans le cadre de Lire en fête (les 17, 18 et 19 octobre prochains), une idée d'initiative sympa que nous pourrions, nous, blogueurs à travers le monde, faire :
ce jour-là, prendre une craie, deux craies, trois craies, etc. et descendre dans la rue... Y inscrire une citation d'un auteur que l'on apprécie ou des mots disant pourquoi l'on aime lire mais aussi écrire... Une illustration, un dessin ayant trait au livre... Bref, constituer un espace d'expression...
Laisser sur ce petit morceau de bitume à côté de cette inscription éphèmère l'URL de son blog....
Prendre la photo de cette petite trace (voire la redessiner pour ceux qui n'ont pas d'appareils), la faire figurer sur son blog avec l'adresse non virtuelle où on l'a laissé...
Ce ne serait pas "Lire en Fête" mais "Ecrire en Fête".... Est-ce que ça vous dirait de participer à ça ???
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