"La présence de cette muraille est si révoltante - sans parler des graffitis odieux qui y poussent de part et d'autre « Israël vaincra », « Mort aux Juifs », etc. - que je préfère la voir pour un instant comme une oeuvre magistrale de Land Art. Une sorte de serpent à la Richard Serra ou de muraille de Chine du XXIe siècle. Une oeuvre qui serait gratuite, provocatrice, monstrueuse-mais éphémère comme tout ce que le Land Art a pu produire de folies douces. Mais le rêve s'arrête quand je tombe sur une jeep de Tsahal au détour d'un tournant sur le chemin de ronde qui suit la muraille. Les soldats, deux garçons et une fille, ne disent rien. Ils ne me demandent pas mes papiers - chose incroyable au pays des contrôles d'identité - ils me dévisagent, c'est tout. Derrière eux, sur le mur gris sombre de la muraille, surgit un graffiti qui rappelle d'autres temps et d'autres combats : « Make love, not walls ». Pourquoi ? L'un n'empêche pas l'autre, semble dire la jeunesse arrogante des gardiens de ce cancer fait de béton et de haine.
Nous sommes tous responsables de cette muraille-là, tous, sans exception. Nous sommes tous à la fois les instigateurs et les victimes du défi qu'elle crache à la face de l'humanité (...)."
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