Hier, vers 16h00 nous sommes allés porter de la nourriture et des habits à la femme qui vit dans la rue avec sa fille. Nous apportons également un cahier et des crayons de couleur. Dalila commence à discuter avec la mère pendant que j'essaie de montrer à sa fille de 3 ans et demi comment utiliser son nouveau "jouet". Mais elle est attirée par le briquet de Dalila et essaie de l’attraper. Dalila lui dit quelque chose en arabe. La petite fille se retourne vers moi et me le donne. Je la remercie, elle se lève et me colle un bisou sur la joue… Nous ne poursuivons pas trop longtemps la discussion car un homme que nous connaissons bien – il appartient à la sécurité de l'endroit où nous logeons – est venu s'asseoir avec nous, comme ça, parce que nous y étions. Nous prenons rendez-vous avec la mère et sa fille pour un des jours suivant afin de connaître un peu plus sa vie, son parcours. Elle a tant de choses à dire !
Vers 21h00, les tirs reprennent leur cadences irrégulières. Chacun vide son chargeur, constate les dégâts, crie, court, recharge, tire… Ca se passe au bout de notre rue à 200 mètres. Entre 1h00 et 2h00 du matin, des tirs plus lourds redoublent d’intensité, les cris aussi. Les chiens aboient, le coq chante, nous sommes éveillés. Où suis-je ? Nous descendons dans la rue, les sirènes des ambulances mugissent. Il y a de l'agitation. Il y a encore eu des morts…
Aujourd'hui, nous devons nous rendre au centre "Al Hourrya" après avoir récupéré une nouvelle fois les cartons de matériel médical à l'entrepôt où ils sont stockés. Nous sommes convenus avec le personnel masculin du centre de la possibilité d'avoir un entretien avec les femmes médecins qui y travaillent. Chaque jour nous réserve son lot de surprises. Aujourd'hui, nous avons fait le plein ! Hier déjà, nous avions pu rencontrer deux femmes avec des parcours de vie différents. Au début de cet après-midi, nous attendions deux autres femmes pour lier conversation, toujours sur le même thème : leur histoire, leur opinion sur la condition de vie des femmes durant le régime de Saddam, pendant la guerre du Golfe, sous l’embargo, sous l'occupation… Et leurs espoirs pour le futur. Vers 13h30, nous voyons arriver pas moins de six femmes prêtes à répondre à nos questions. Quelques hésitations, quelques malaises… Elles ont besoin de nous poser également des questions, évidemment ! Nous ne sommes pas là pour entendre des réponses toutes faites. Le dialogue et l’échange nous permettront de nous sentir mutuellement en confiance et, peut-être, d'aller plus loin. La magie opère. Après des présentations plus approfondies sur les raisons de notre venue, chacune d'elles se livre et exprime des avis plus libérés sur la notion même de droits des femmes. En dehors de toute connotation religieuse – nous le leur faisons savoir – nous recherchons le contact humain simple mais dans un but précis. Elles le comprennent et essaient de s'affranchir. Nous obtenons des moments de vérité. Les hommes, présents durant l'entretien, ont tout entendu. C'était là l'essentiel.
A ce jour, nous avons recueilli les témoignages de neuf femmes, anonymes ou connues, pauvres ou aisées, chrétiennes ou musulmanes. Il nous reste du temps et les surprises viendront encore, notamment du côté des universités où les filles sont majoritaires. Déjà, nous possédons une bonne base d’éléments nous permettant de mieux comprendre… Mieux comprendre, oui, car tous les préjugés s’effondrent, ici à Bagdad. Une information sur ce centre Al Hourrya nous a également été donnée. L'un des employés nous rappelle que sous le régime de Saddam Hussein, c'était un lieu de torture. Là où l'on soigne aujourd’hui les êtres humains, hier on les torturait ! Certains patients qui l’ont connu par le passé parce qu'ils y ont perdu un frère, une sœur ou un(e) ami(e), pleurent en arrivant.
Le check-point évolue de jour en jour. Ce soir, quatre GI’s discutaient avec leur instructeur sur les nouvelles dispositions… Myriam a obtenu la possibilité de rendre visite à deux d'entre eux dans leur chambre d’hôtel – nous en connaissons déjà un - pour discuter de leur vie ici sur le plan humain mais aussi technique. Nous les rencontrerons demain. Les jours qui viennent vont sûrement voir monter l'intensité des sensations émotionnelles et humaines que les tirs des kalashnikovs tenteront de déshumaniser… Nous sommes en quête de rencontres sensibles et à l'aspect fortuit mais qui, au fond, recèle toute l’histoire de ce pays en train de s'éteindre. Nous ne cherchons pas les événements : nous essayons de trouver ceux et celles qui les vivent. Comment vivre ici dans de telles conditions ? Voilà bien tout le problème. Et personne ne semble vouloir le résoudre !
Suspendisse morbi pretium
-
Eu donec in etiam ornare integer nam torquent ut, duis convallis semper
proin vulputate arcu viverra nibh lectus, aliquet cras rutrum interdum
phasellus su...
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire