Blogue d'actualite du blogue et d'ailleurs sur le Web... Blogue mémoire en ligne depuis 2003... Précurseur en son genre, ce "blogue de liens" existe depuis la nuit des temps (en âge blogosphèrique). À sa naissance il participa aux grandes lignes de l'infernale blogosphère, puis des remous virtuels le firent tanguer sans arriver à le faire sombrer. Il se retrouva en ces eaux paisibles d'où il vogue désormais sans peine ni tracas...

16 octobre 2003

Les deux rives du Tigre (Bagdad)

Ce mercredi 15 octobre, la chaleur est étouffante. La température dépasse même les 40 degrés selon notre chauffeur. Nous n’avons pas de nouvelles d’Anaa Edward, la présidente de l’association féminine “Al Amal” pour qui nous avons apporté du matériel. A 10h00 nous partons à sa recherche munis seulement du nom du quartier où elle habite. Nous nous renseignons auprès de plusieurs églises sans succès. Elle est chrétienne et nous espérons trouver une indication en ces lieux de rencontre. Mais rien ! Le curé qui nous accueille semble quelque peu désabusé, sans espoir... Il a peur de nous parler et de nous livrer ses impressions. Nous abandonnons momentanément les recherches.

L’hôpital “Al Kindi” dans le quartier “Al Aqari” n’est pas loin. Nous nous y rendons. Après la fouille, systématique, et quelques tractations d’usage, nous rencontrons le directeur de l’hôpital qui sort juste du bloc opératoire. Nous lui posons quelques questions puis nous sommes “accompagnés” vers la section des femmes malades : certains ont du mal à oublier les directives de l’ancien régime... La réalite qui s’offre à nos yeux est brutale : des mères se trouvent au chevet de leur fille. Dans cette chambre où elles sont six à recevoir des soins, l’atmosphère est pesante. Le personnel de l’hôpital fait ce qu’il peut mais on voit bien qu’il manque une véritable infrastructure et de l'équipement. Un homme dont la fille est allongée sur un des lits interpelle Dalila. Elle va mourir d’un cancer si on ne lui fait pas une radiothérapie. Peut-t-on faire facilement une radiothérapie en Irak aujourd’hui ? Non. Et il n’y pas suffisamment de médicaments pour soulager sa douleur. Elle a 27 ans et deux enfants. Elle en est à sa troisième opération. A ses côtés une fillette de 11 ans. Elle en est à sa deuxieme opération pour une péritonite. Les conditions de vie de ces malades sont déplorables... Nous prenons quelques informations quant à leurs besoins. Puis nous partons.

Vers 12h30 nous arrivons à l’université. Nous sommes bien entendu contrôlés. Bien que méfiants, les agents de la sécurité nous laissent passer. Nous abordons deux jeunes filles qui attendent leur bus. Elles acceptent de nous parler. Notre discussion nous conduira à évoquer beaucoup de sujets. Elles étudient tout le temps et vivent à l’université le plus souvent possible pour des raisons de sécurité. Elles évitent de se déplacer. Cependant, depuis la reprise des cours en septembre dernier, il y a de la vie ici. Beaucoup de filles étudient car elles veulent participer au développement de la société irakienne. Elles laissent le contrôle du pouvoir aux hommes. C’est comme ça. Ce contrôle-là, elles n’en veulent pas. Elles ont peut-être raison. Elles pensent que la communauté internationale ne les aide pas. Elles n'ont aucun contact avec les Américains. Nous prenons congé la gorge serrée. Les sensations qui m’arrivent dans le coeur sont fortes. Je suis à la fois heureux d’avoir eu cet échange et déchiré par leur détresse… Nous rentrons.

Vers 16h30 nous rendons visite à la femme qui se trouve dans notre rue. Nous discutons avec elle. Sa fille, qui nous connaît bien à présent, recherche davantage le contact. Je la prends dans mes bras… Nous lui apportons également des habits. Elle est contente. Je fais quelques photos. Quelques instants plus tard, la fillette pousse un cri en direction d’une autre femme vêtue du “Abaya” noir. Elle se précipite vers elle pour l’embrasser. Elle est anglaise et s’est convertie à l’Islam. Elle revient après vingt jours d’absence. Nous essayons de comprendre ses besoins. Nous la reverrons demain.

A 19h00 nous nous rendons à l'hôtel Palestine pour discuter avec “notre” soldat américain. Des gars de sa section, assis à une table et buvant un café nous disent qu’il est toujours en faction avec son char à proximité du check-point. Nous allons à sa rencontre et convenons d’un rendez-vous vers 20h15. A l’heure dite, nous sommes sur le pas de la porte de sa chambre. Il nous fait entrer. Avant de parler avec lui, nous devons nous présenter à son supérieur. “Pas de politique, pas de questions indiscrètes.” Ok, pas de problème. Nous discutons de ses choix de vie, de son engagement, de ses enfants qu’il a laissés dans l’Indiana. Deux détonations retentissent. Il y est extrêmement attentif. Il n’a jamais tué quelqu’un. Il ne sait pas s’il est prêt… Après son service, il voudrait revenir en Irak pour aider ce peuple mais d’une autre manière… Rêve ou réalite ? A 21h20, nous le quittons car il doit partir rejoindre sa base pour 15 jours et laisser la place à une autre section. Une autre histoire humaine au coeur du chaos.

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