50 mètres plus loin, je me retourne et cadre une photo que je voudrais prendre d’une colonne de blindés légers stationnés non loin de l’hôtel. Les bras des militaires se lèvent, un Américain en chemise bleue se dirige vers nous et nous lance en anglais « be careful, they are nervous! ». Je fais un signe de la main vers les soldats pour leur signaler que c’est ok ! et je m’éloigne calmement. J’avais pris quand même la photo ! Nous entrons dans le Palestine sous les yeux des gardes irakiens postés à l’entrée. Un « Salam » et nous générons un semblant de sourire sur leur visage. A l’intérieur, une foule éclectique où se croisent sans cesse journalistes internationaux, hommes d’affaires et divers acteurs de la société civile.
Nous ressortons pour entrer dans l’hôtel Ishtar, anciennement « Sheraton ». Nous nous installons au comptoir et commençons à discuter avec la serveuse. Elle nous dit que son mari n’a plus de travail. Il était militaire sous le régime de Saddam Hussein. Elle assure toute seule les revenus de la famille. Comme tous les Irakiens que nous interrogeons, elle craint pour sa sécurité. Lorsque nous lui posons une question sur les associations humanitaires dont elle aurait connaissance et qui pourraient oeuvrer actuellement à Bagdad, elle nous met immédiatement en contact avec une association irakienne qui se trouve être dans l’hôtel. Un homme vient nous chercher et nous montons au premier étage. Le fondateur de cette association est le Cheikh Abdul Mune’m Al Timemi. Sa nièce est à ses côtés. Nous n’arriverons pas à la faire parler. Au bout d'une heure d'entretien, nous prenons congé et sortons du Ishtar.
Alors que nous regagnons notre hôtel, un homme avec un enfant de 2 ans dans les bras nous aborde. Il pose l’enfant au sol et commence à interpeller Dalila en Arabe afin d’obtenir de l’argent dans le but d’acheter des médicaments pour sa fille. Une fille ? Cette enfant est méconnaissable. Ses yeux sont déformés et l'un est complètement fermé. Elle est presque chauve : le manque de cheveux par touffes entières nous dévoile un crâne gris. Sa peau est recouverte d’écailles. Alors que son présumé père (nous n’en sommes pas sûrs) nous dit qu’elle a "la maladie du poisson", la petite fille se fait pipi dessus avant de venir se blottir contre les jambes de cet homme. C'est assez terrible comme vision. Nous lui donnons quelques dinars irakiens qu'elle serre dans ses petits doigts, déformés eux aussi, et nous laissons un autre groupe de personnes prendre en charge la conversation.
De retour à notre hôtel, nous montons dans la voiture pour nous diriger vers "le Service des Intérêts Français en Irak" afin que je puisse signaler ma présence à Bagdad en cas de problèmes. Je laisse mes coordonnées au consul. Nous échangeons quelques mots - en Français ;o) – sur la situation actuelle et nous nous quittons en nous souhaitant bonne chance. Nous tentons ensuite de nous rendre au domicile d’Anaa Edward. Elle n’est pas là, nous laissons une carte de l’association ABIR à sa voisine. Nous repasserons demain pour convenir d’un rendez-vous pour la distribution du matériel.
Il est 14h00. Nous filons chez les amis de Dalila qui nous invitent à manger. Au sommaire des discussions, outre le partage de la nourriture, l’Irak, bien entendu. Les morts, toujours, les assassinats… K. (je ne dévoile volontairement pas son nom) nous apprend alors que son ami a été tué la veille. Je ne sais pas quoi dire. J’ai des sensations d’horreur qui me traversent le corps. Au récit d’autres atrocités qu’il nous dévoile, les unes après les autres, des larmes montent et embrument mes yeux. J’ai un mal fou à les retenir. Coupure de courant. Il sort dans son jardin et démarre son groupe électrogène de secours. La télé, qui fonctionne en permanence - ça les rassure - se rallume et délivre ses infos tragiques. Il nous dit que depuis le mois de mars dernier, il ne dort plus dans son lit, avec son épouse, mais sur le canapé au rez-de-chaussée avec sa Kalachnikov à proximité, au cas où.
Il est 18h00, la nuit tombe, il faut que nous rentrions, vite avant qu’il fasse trop noir. A 18h45, après le "check point", nous déposons nos affaires dans nos chambres. Demain, nous irons à l’orphelinat...
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