Blogue d'actualite du blogue et d'ailleurs sur le Web... Blogue mémoire en ligne depuis 2003... Précurseur en son genre, ce "blogue de liens" existe depuis la nuit des temps (en âge blogosphèrique). À sa naissance il participa aux grandes lignes de l'infernale blogosphère, puis des remous virtuels le firent tanguer sans arriver à le faire sombrer. Il se retrouva en ces eaux paisibles d'où il vogue désormais sans peine ni tracas...

17 octobre 2003

Fariss... (Bagdad)

9h15, Haytham nous attend comme à son habitude dans le hall. Nous échangeons le même sourire et le même geste de la main pour signer notre fraîche et fraternelle amitié. Notre "chauffeur", voilà un mot qui me repousse. Il est infiniment plus que ça. Nous nous rendons donc, tous les cinq, à l’Ambassade de Suisse pour saluer Sylvana, l’amie irakienne de Dalila. Toujours vraie et humaine, elle nous accueille. Nous ne restons pas longtemps, Dalila étant juste venue pour lui apporter un petit présent.

Il est 10h30 lorsque nous nous éclipsons pour nous engouffrer dans le trafic routier bagdadi. J’ai l’impression d’assister à un concert de klaxons, sorte de symphonie à instrument unique multiplié à l’infini, délivrant une cacophonie digne des plus indigestes musiques modernes. La chaleur est présente mais dans une moindre mesure que la veille. 11h00, nous arrivons chez l’oncle et la tante de Haytham. Nous avons décidé de les rencontrer parce qu’ils avaient une histoire à nous raconter, celle de leur fils, leur "unique" histoire depuis sa disparition lors du conflit Iran/Irak. En recueillant leur témoignage, ils espèrent que leur fils sera retrouvé grâce à la diffusion que nous en ferons, notamment par le biais d’Internet. Nous nous y engageons. Leur souffrance ? Ils vivent avec depuis 1982 et ne la quittent pas. Ou bien c’est elle qui a fait sa demeure dans leur cœur, dans leur esprit, dans leur vie tout entière. Deux photos, grandes, sur un meuble. Le temps a eu raison des cadres qui les soutiennent, ils ne tiendront plus longtemps. Combien les parents vont-ils encore tenir, eux, sans nouvelles ? Il n’est pas mort, c’est impossible. Il a disparu, simplement. Il doit vivre en Iran sous une autre identité, qui lui a sans doute été imposée comme à tous les prisonniers de guerre de cette époque allant de 1981 à 1982. Il y a 30 disparus dans le même quartier. Je prends quelques clichés de ces deux parents tenant la photo de leur fils dans les mains, impuissants mais dignes dans leur espoir et leur confiance. Sa mère "Oum Fariss", garde en souvenir une bague qu’il lui avait donné avant de partir pour le front, "au cas où il ne reviendrait pas". C’était un militaire de carrière. Et alors ?! Encore une tragédie humaine. Je pense à tous les autres parents qui se trouvent dans la même situation… Nous les laissons, avec leur histoire. Pour l’heure, nous espérons seulement avoir participé à leur donner un nouvel espoir, pour tenir un peu plus. Nous ferons notre possible dès notre retour en Europe…

Nous rejoignons le trafic pour nous rendre à notre domicile. Quelques minutes après notre arrivée, Hanaa Edward se présente à nous. Nous ne l’attendions presque plus ! Elle est la Présidente de "l’Association Irakienne Al-Amal", une organisation qui vient en aide aux femmes en œuvrant pour la promotion de leurs droits civiques et économiques en Irak. Nous la suivons jusqu’au siège de l’association à Bagdad. Elle accepte un entretien avec nous. Nous parlons de la situation actuelle des femmes irakiennes, de cette période charnière capitale : une occasion qu’il ne faut pas laisser passer. Au moyen de conférences et de débats, Hanaa tente d’éveiller la conscience des femmes qu’elle rencontre sur leur responsabilité dans la reconstruction d’une société nouvelle, plus juste, plus humaine, plus équitable. Elle nous délivre une vision globale de la situation et des actions possibles qui sonne juste et qui trouve en moi un écho très positif. Nous échangeons nos adresses emails. Je sais que nous nous reverrons un jour…

Un de ses chauffeurs (sûrement un de ses amis) nous reconduit au bout de notre rue, barrée par les blocs de béton. Nous rencontrons "Oum Aya" qui, aujourd’hui, a voulu nous présenter son fils. Je l’embrasse quand il me tend ses bras. Je fais un bisou à Aya et prononce un « Salam » à la mère, la main droite posée sur le cœur. D’autres enfants des rues nous ont repérés. Ils ont entre 10 et 12 ans et sont désabusés. Ils nous réclament fermement de l’argent. Malgré leur situation, nous ne pouvons pas céder. Cela occasionnerait un attroupement autour de nous qui pourrait devenir dangereux pour tous. Le chaos impose des lois sur le comportement qui n’accepte pas la demi-mesure. C’est comme ça. C’est dur et inhumain mais c’est la loi… de la jungle. S’il faut donner, c’est individuellement, pas en groupe. Les dégâts qu’un sentiment d’injustice (il y en a déjà trop) pourrait entraîner sont imprévisibles. Il faut se maîtriser et donner l’impression de contrôler la situation, jusqu’au bout… Il y a des jours où j’ai envie d’hurler ! C’est humain. Il ne faut pas l’oublier.

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