9h00 ce matin, nous sommes dans la voiture qui doit nous conduire à nos multiples rendez-vous. C’est une Volkswagen Passat qui a dû être rouge il y a longtemps, très longtemps. En Europe, personne n’oserait monter dans cette voiture. Ici, les exigences de la route et de la vie font reculer ces limites. Assis à l’arrière, je remarque que les instruments de bord ne fonctionnent pas, ni compteur de vitesse ni jauge à essence. Les fils électriques sont bricolés sous le volant et touchent presque les pieds du conducteur. Quant au confort, c’est un mot que nous ne pouvons utiliser dans ces circonstances puisqu’il n’y en a tout simplement pas. Sa fonction est réduite à son minimum : rouler.
Nous faisons environ 300 mètres – même ceux-là, nous ne les faisons pas à pied - pour nous rendre au bureau qui est chargé d’acheminer le matériel de l’aéroport d’Amman à Bagdad. La voiture tombe en panne. Pendant que nous discutons avec le responsable du bureau, le chauffeur range sa voiture sur le côté, quelques 50 mètres en-deçà. A notre retour, il nous dit qu’il a besoin de réparer sans savoir combien de temps cela va lui prendre. Nous décidons de rentrer chez nous en attendant qu’il revienne nous chercher. Un employé du bureau nous propose de nous ramener en voiture, ce que nous acceptons. Il nous dépose devant le barrage qui obstrue l’entrée de notre rue. Nous faisons les derniers 50 mètres à pied.
Avec Myriam, nous décidons d’aller nous asseoir sur le rebord d’un de ces blocs de béton placés par mesure de sécurité, au niveau du « check point ». Le GI avec qui nous avons discuté la veille nous salue d’un geste de la main. Nous lui rendons son « Hello! ». Nous n’attendons pas plus de quelques secondes pour voir arriver deux enfants des rues, deux garçons. Ils nous interpellent, nous tendant la main pour que nous la saisissions et pour que nous y mettions 1 dollar ou 2. Nous engageons la conversation, succinctement : « What’s your name? », « Where do you come from? ». L’un des deux garçons a un pistolet à barillet, un jouet. Je fais quelques photos. Ils me demandent même de poser.
Une heure plus tard, notre chauffeur revient avec la voiture réparée. Dalila lui demande si elle va tenir le coup. Il l’a réparée, elle tiendra ! Durant nos trajets, nous passons plusieurs contrôles de police. Nous apprenons dans l’après-midi qu’il y a eu trois attentats dans Bagdad. Nous étions sur ces différents lieux quelques minutes après les événements... Les coupures d’électricité se multiplient le restant de la journée jusque dans la soirée.
Ce soir, nous sommes descendus dans la rue pour distribuer quelques vivres aux enfants et discuter avec une mendiante et sa fille de trois ans et demi. Nous lui donnons un sac contenant un peu de nourriture. La fillette dévore la banane et la pomme en un temps record. Pendant ce temps, Dalila lui demande les raisons de sa présence dans la rue. En retenant ses larmes – elle n’essaie pas de nous attendrir, ça se voit – elle lui raconte sa vie et ses souffrances, sans limites. Soudain, elle s’arrête de parler. Je vois ses yeux brillants à la lueur pâle de l’entrée de l’hôtel. Je m’éloigne avec Myriam qui, à l’abri des regards, sort 5000 Dinars irakiens du sac à dos puis revient sur ses pas.
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