"vous pouvez pas savoir à quel point les instits ont été importants pour moi, ils ont constitués, disons le franchement, les images identificatoires les plus prégnante de mon développement, d'abord du fait de ma réceptivité et de la personnalité des enseignants et ensuite parce qu'on passe énormément de temps à l'école et les mesures éducatives sont encore assez efficace à cet âge là, avant la redoutable puberté...
Faut dire que j'étais vachement impressionnable à l'époque, l'épisode le plus honteux a été quand j'ai pissé dans mon froc en CE1: ça reste comme si c'était hier. on m'a expliqué après qu'il fallait pas avoir honte de pisser, mais ça n'a pas été très efficace et l'anxiété persistait malgré tout, comme si cet acte était condamné à être indécent et marqué par l'opprobre.
Donc, cette anecdote à l'appui, l'école m'a ouvert un horizon beaucoup vaste et a balayé de nombreux préjugés: d'autant plus, peut-être, que c'était une école progressiste, basée sur l'éveil et les activités d'épanouissement, en décalage complet avec la rigueur intransigeante des préceptes inculqués par ma mère, connotés de ses colères et de ses menaces, persuadée qu'elle était de remplir conscieusement un rôle qu'elle prenait tellement à coeur, que ça en devenait presque une mission divine, ou une satisfaction substitutive d'une femme à la fois révoltée et bigote, affichant des principes d'humanité et d'intellectualisme, mais engonssée dans ses interdits et pétrie de contradictions et de nervosité.
Avec Mr Andreu, on écoutait des disques, vinyls à l'époque, qui grésillaient un peu au début, et on écrivait "écoute de musique" sur le cahier, en commençant dans la marge, on lisait des romans aussi et il fallait toujours reprendre un page avant quand on recommençait le lendemain, et puis il fallait suivre parce qu'il pouvait changer de lecteur à n'importe quel moment, on jouait à des jeux compliqués avec tout un tas de règles, qu'il expliquait calmement. Il aimait arbitrer les matchs de hand avec les autres écoles et sa caractèristique c'est qu'il ne parlait pas, il avait le siffler dans la bouche et faisait des gestes symbolisant la consigne adaptée. Les courses d'orientation dans la forêt avec la carte et la boussole, tout ce qui se passait en pleine nature, ça lui plaisait. il avait plein d'idée mais ça marchait pas toujours, comme pour les boîtes de médicament: on a jamais su pourquoi il a fallu en apporter, ça m'a scié. Après, il s'est laissé pousser les cheveux en les faisant friser et s'est orienté vers la musique expérimentale tout en expérimentant sur nous un orchestre de percussion; avec le temps ça prenant forme et même le triangle ou les maracasses arrivaient à s'insérer avec harmonie (...)."
Posté le 17 janvier 2004.
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