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09 mars 2005

Google, Google : un modele economique media

"Etant donné que lors de son entrée en Bourse, Google présente un modèle économique « média », c'est à dire que l'essentiel de ses revenus viennent de la publicité, les cinq bibliothèques doivent être considérées comme elles même financées par la publicité.

Deuxièmement, il est vraisemblable qu'à travers ce programme, Google cherche d'autres sources de revenus sur le présumé « grand » marché du multimédia d'enseignement ; mais, comme pour les projets de la défunte convergence numérique, rien n'est assuré.

Ce que je souligne ici, c'est qu'avant de s'inquiéter de certains effets éventuels de cet accord : hégémonie culturelle américaine (dénoncée par Jeanneney), parasitage des textes par la publicité et les libraires électroniques, mainmise sur les éditeurs intellectuels, il convient d'enregistrer la vraie nouveauté que constitue le financement des missions d'intérêt public par les industries culturelles (car Google est le type même de l?entreprise des nouvelles industries culturelles) et la dépendance ainsi créée à l'égard du financement publicitaire.

pratiques

Je m'inspire sur ce point d'une remarque, je crois, récente, de Bernard Stiegler, opposant pratiques et usages.

Google n'est pas seulement « market oriented » ; de ce point de vue, d'ailleurs, il y a pire.

C'est une entreprise de marketing, au sens fort, non parce qu'elle vend de la publicité mais parce qu'elle fabrique le marché, c'est à dire la demande. Comme le courrier électronique, ou le portable, Google a créé son besoin, c'est à dire un autre besoin greffé sur le besoin initial, encore plus fort que ce premier, et passé progressivement de l'état de besoin à celui d'envie.

Il existe même une sorte d'addiction à Google, une boulimie ou « néophagie » de Google. En tant que moteur de recherche, c'est à dire comme objet technique, Google permet de s'orienter sur le web. Mais en tant que marketer, il crée un besoin de s'informer, de se rassurer, de tester le monde, très différent, du point de vue cognitif et psychologique, de ce qu'évoque la notion de « recherche ».

La question posée, ici, est celle des relations entre les textes numérisés et les instruments de lecture et d'écriture. D'une part, la lecture numérique ne saurait se réduire aux fonctionnalités de la recherche. D'autre part, ces fonctionnalités, dans le contexte de Google, sont surdéterminés par le jeu du marketer.

L'usage est conditionné unilatéralement par l'offre. Evidemment, il peut y avoir plusieurs offres, donc plusieurs usages ; c'est la définition même du marché. Mais ce qui nous intéresse dans l'économie de la culture numérique, c'est la possibilité d'expérimenter, de développer nos propres instruments et mondes, c'est à dire la pratique, comme appropriation critique (...)."


Source : Le blog d'Alain Giffard.

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