Blogue d'actualite du blogue et d'ailleurs sur le Web... Blogue mémoire en ligne depuis 2003... Précurseur en son genre, ce "blogue de liens" existe depuis la nuit des temps (en âge blogosphèrique). À sa naissance il participa aux grandes lignes de l'infernale blogosphère, puis des remous virtuels le firent tanguer sans arriver à le faire sombrer. Il se retrouva en ces eaux paisibles d'où il vogue désormais sans peine ni tracas...

06 septembre 2004

L'eternelle question de l'anonymat

Régulièrement, la question de l'anonymat resurgit ici ou dans la blogosphère.

Le 4 septembre, Stéphanie Booth revenait dessus avec un billet intitulé Bloguer anonymement.

Sa position de principe est opposée à l'anonymat car, dit-elle, "on risque de se permettre d'écrire des choses que l'on serait bien embarrasé d'assumer devant son employeur, ses grands-parents, ses copains ou la voisine du dessus."

Mais elle s'intéresse au cas d'Eolas (journal d'un avocat) et plus généralement au cas de tous ceux qui craignent que leurs réflexions personnelles interférent fâcheusement avec leur milieu professionnel. Et là, elle admet qu'il est parfois utile de se réfugier dans l'anonymat.

Je reste néanmoins sceptique. Comme elle le souligne, ce qu'Eolas écrit dans son blog n'est pas susceptible de lui causer des ennuis légaux ou d'induire des malentendus professionnels. Au contraire, Eolas fait honneur à sa profession par la qualité de ses publications et son respect scrupuleux de la déontologie. Il nous explique les subtilités du droit et de la justice avec talent, sans jamais verser dans des mouvements d'humeur irresponsables. Que peut-il craindre ?

Que son blog apparaisse comme une vitrine pour pêcher le client, s'il était clairement identifié?

Ce n'est pas très convaincant. Je pourrai écrire à son pseudo pour embaucher le vrai avocat qu'il représente. Et rien, aucun anonymiser, ou blanchisserie cryptographique ne l'empêcherait s'il le voulait, d'accepter mon offre.
Rien, sinon son sens de l'honnêteté, dont je ne doute pas un seul instant.
Eolas a d'ailleurs clairement exposé sa déontologie dans sa page de présentation.
En définitive, si je lui fais confiance, c'est pour l'intégrité et la compétence dont il fait régulièrement preuve dans ses écrits, et non pour la barrière dérisoire de l'anonymat que l'on avancerait comme une garantie morale.

Rien n'est simple ; si dans le cas d'Eolas l'anonymat peut être compris comme indice de son désintéressement, dans bien d'autres cas, l'anonymat devient synonyme d'irresponsabilité et d'impunité.

Stéphanie Booth évoque également le cas des personnes qui ont peur de perdre leur emploi ou d'avoir des problèmes avec leur employeur en s'exprimant librement sur leur blog. Malheureusement ce sont des choses qui arrivent, et c'est souvent injuste. Le blogueur dans ce cas, préfére rester anonyme, ce qui ne l'empêchera pas de critiquer son milieu de travail en laissant nombre d'indices reconnaissables. Là dessus, j'ai trois objections :

1- Quand on a un désaccord profond avec le système dans lequel on travaille, avec ou sans blog cela finit de toutes façons par une rupture. Le blog n'y change pas grand chose, tout au plus peut-il hâter la crise, et alors tant mieux.

2- L'anonymat, même le plus jalousement gardé n'est pas un rempart. Si les propos d'un blogueur portent sérieusement atteinte aux intérêts d'une entreprise, celle ci peut lever les verrous de l'anonymat en passant par des voies juridiques.

3- Si l'on a quelque chose à redire au fonctionnement de l'entreprise dans laquelle on travaille, le meilleur moyen pour faire entendre son opinion n'est peut-être pas de lancer un blog sur la grande toile. Il existe d'autres moyens de lutter : la représentation dans un comité de décision, la prise de responsabilités, les syndicats, le dialogue avec les collègues, et pourquoi pas, un blog en intranet ou une petite liste de diffusion... Il faut être vraiment désespéré et avoir épuisé toutes ses ressources pour croire que l'on peut régler ce genre de problèmes sur un blog personnel, qui plus est, anonyme.

L'anonymat représente une volonté de mise à distance entre le blogueur et l'auteur du blog.
On peut comprendre la nécessité de distinguer le registre du blog comme une parenthèse, un laboratoire, un espace paradoxal où l'auteur met à l'épreuve sa liberté de penser ou ses émois intimes, en public. Si l'anonymat de pure forme peut signifier cette mise à distance, il serait illusoire de croire qu'il puisse rééllement satisfaire aux aspirations de liberté.

Anonymat et pseudonymat ne sont que les Sésame-ouvre-toi d'un Eldorado fantasmatique. S'y barricader trop fermement, c'est s'en contenter.

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