Blogue d'actualite du blogue et d'ailleurs sur le Web... Blogue mémoire en ligne depuis 2003... Précurseur en son genre, ce "blogue de liens" existe depuis la nuit des temps (en âge blogosphèrique). À sa naissance il participa aux grandes lignes de l'infernale blogosphère, puis des remous virtuels le firent tanguer sans arriver à le faire sombrer. Il se retrouva en ces eaux paisibles d'où il vogue désormais sans peine ni tracas...

26 février 2004

Un grain de sable parmi les grains de sel

Il voulait aller à Etretat, elle, ne voulait pas. J'aime sa solitude : il la dépeint comme un tableau de Kaspar David Friedrish.

Des solitudes, il semble en connaître de toutes les espèces, habitées de chansons, entendez de musique et de poésie, qu'il ressasse dans sa tête. Il se dit "Tu" à tue tête, et ainsi, il se parle par dessus la tête de ses lecteurs. Etrange solitude!

Et quand il vient chez mediaTIC il dit encore "Tu"; j'ai d'abord pensé, tiens, il sort de chez lui, il parle à quelqu'un, il s'adresse à JLR. Mais non, il est encore tu seul. Et si je lui disais "Tu"? Si seulement j'osais, entrerais-je dans sa solitude? Ce serait drôle, drôle! de partager une solitude. A-t-on jamais autre chose à partager?

En as-tu d'autres à revendre ?

J'en voudrais une qui soit sans miroir, comme un microphone sans souffle ni larsen. Une qui ne soit peuplée d'aucun fantôme, ni de la réminiscence de leurs voix qui résonnent dans l'esprit avec l'écho dû au vide qui nous sépare, qui fait entendre leur absence, creuse la distance. Je veux une solitude inconsciente et oublieuse d'elle même, une solitude qui laisse seulement place à ce qui est.

Je voulais aller à Ostende, parce que c'est sans charme, proche de ce rien qui file sans bruit. J'aimerais m'y lover, y vivre néanmoins, en grattant quelques cordes pour trouver la la rondeur d'un son, rien que cette plénitude. Impossible ? Peut-être... Je n'ai pas pu le savoir, pas cette fois en tout cas.

Nous sommes allés à Bruxelles. Il a voulu venir, c'est mon prince charmant. Bien sûr que ça me faisait plaisir !

Il regardait le plan quand je conduisais. Il annonaçait les feux rouges quand je regardais les façades. Il appréciait le trait de Klimt quand je photogrphiais les cartels de l'expo Khnopff (pdf). Il additionnait les prix quand j'achetais des fringues. Il se promenait en forêt quand je parlais à FreeEdem. En rentrant du cinéma le soir, il faisait froid, nous marchions serrés l'un contre l'autre en critiquant le film ; il regardait devant, je regardais par terre. Ce fut un bon week end en amoureux, une occasion rare d'être ensemble.

A chaque fois que j'ai expérimenté quelque chose qui se voulait collectif, qui s'annonçait comme tel, j'ai dérivé dans une méditation sur la solitude, ou plutôt, sur différentes qualités de solitude, sur la façon dont elles se constituent en se côtoyant.

Les chorales où l'on chante à l'unisson, les cours de danse où on lève la jambe en rythme, les flash mob, les manifs, tout ce qui cherche la fusion, la cohésion par la ressemblance, me laisse la pire sensation de solitude. Celle du corps dévidé, abandonné à la tyrannie du nombre, et moi en dehors, car je sais que je ne suis pas ce collectif. C'est l'exil dans le monde creux du faux. Non, le nombre ne transcende pas le chiffre, même s'il le dépasse; à moins de mourir pour n'être plus qu'un zéro dans l'infini.

J'aime l'invitation de Jean-Luc à venir glisser nos billets entre ses billets, à rapprocher nos solitudes. Le sens naît de ce qui me déforme et me déplace. J'aime l'effusion des taches de couleur qui s'insinuent les unes dans les autres en traçant les méandres d'un beau papier marbré.

Pour JLR, Isabelle Vodjdani

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